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Archive pour juillet 2009

Les hydravions d’Antibes

Jeudi 30 juillet 2009

Bouillon de culture -  Les rayons de cette très intéressante librairie niçoise contiennent seulement des livres d’occasion. Grande et bien organisée on peut y déambuler tranquillement ; rien à voir avec le fatras de certaines boutiques. Cependant ce n’est pas un livre usagé que j’ai trouvé là, mais un opuscule tout neuf et fort intéressant consacré à l’aviation : Les hydravions et la base d’Antibes.

Il s’agit d’abord de l’hommage rendu par sa petite fille à un grand père qu’elle n’a pas connu. Albert Terrusse a en effet joué un rôle important au service de l’aviation à Antibes d’abord, puis à Nice.

Quand les parents disparaissent, les enfants découvrent parfois dans leurs affaires des documents dont ils ne soupçonnaient pas l’existence et dont l’intérêt leur apparaît soudain avec évidence. Ils sont conduits à une exploration d’un passé mal connu et ils éprouvent alors le besoin de faire connaître aux autres ce qu’ils ont découvert. C’est à peu près ce qui est arrivé aux auteurs concernant Albert Terrusse et l’hydrobase d’Antibes.

Les auteurs nous proposent d’abord un bref survol de l’histoire des hydravions et de la place qu’ils ont occupée dans la première moitié du 20ème siècle. A Antibes, comme ailleurs, des passionnés prennent leur part à l’extraordinaire engouement des années 1900-1914. Les frères Garbéro, par exemple, ont construit leur propre appareil et ont participé à des meetings ; ils ont même ouvert une école de pilotage. Mais la guerre de 14-18 vient mettre un terme à ce mouvement.

Parce qu’il a passé près de 5 ans dans la Marine comme radio, dès le début des années 20, Albert Terrusse joue un rôle de plus en plus important au service des hydravions. Ses petits-enfants nous racontent comment l’hydrobase s’est rapidement organisée : au fil des pages on voit les hangars se monter, les hommes arriver – un responsable, des radios, des pilotes, des mécaniciens -  On s’imagine être sur le quai quand les maçons construisent le « slip ».

Fernand Lioré qui vient de créer une compagnie aérienne s’intéresse à ce lieu et c’est ainsi que l’Aéronavale s’installe à Antibes. Après les premiers essais, la ligne Antibes Ajaccio débute en 1921 avec trois hydravions Donnet-Denhaut. Ensuite il y aura des LéO-13. Et quand l’Aéronavale devenue Air Union quitte Antibes en 1929 pour s’installer à Marignane, Lioré et Olivier n’en continuent pas moins d’y monter des appareils et de procéder à des essais.

Les auteurs n’oublient pas d’évoquer les drames qui n’ont pas manqué d’endeuiller la base. L’accident du Léo 47 F.APPR le 19 mai 1937  – au moment où il décollait pour un vol d’essai – tient une place importante tant il a ému les personnels de la base et la population antiboise. Le pilote Lucien Bourdin périt dans cet accident ainsi que Robert Blouin, Luce Brochet, Marcel Juin et Charles Rayer.

L’ouvrage se termine par un long développement sur la période de la guerre et l’action des employés de la base pendant cette période. On découvre les destructions subies, car les Allemands ont fait sauter une grande partie des installations. Après la guerre, l’hydravion apparaît dépassé et l’hydrobase d’Antibes est fermée. Albert Terrusse est affecté à l’aéroport de Nice où il terminera sa carrière. Aussi l’histoire du champ d’aviation de Nice-Californie est-elle contée en quelques pages.

Si vous vous promenez aujourd’hui à Antibes le long de l’anse Saint Roch et au pied des remparts, vous aurez beaucoup de mal à croire en la présence d’hydravions en ces leux. Devant la masse des bateaux de plaisance de toute taille, comment imaginer que des appareils partaient de là pour traverser la Méditerranée avec leurs passagers ? Ce fut pourtant la réalité, dans les années de l’entre-deux guerres. Ouvrez les pages de cet opuscule : elles vous feront revivre cette période de manière particulièrement attrayante, servies par la belle et abondante iconographie qu’elles renferment.

Et si vous vous intéressez à l’histoire de l’aéroport de Marignane entre 1920 et 1950, vous trouverez là le nom d’un certain nombre de pionniers, navigants ou non : Amourettou, Cariou, Cattelin, Mazevet, Pommereau, Ponce, … 

CG de K

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Elisabeth et Claude ANTONINI BASSET-TERRUSSE, Les Hydravions et la base d’Antibes – Une page de l’histoire antiboise très peu racontée, Antibes, 2005, format 21×29,7, 76 pages – édité par les auteurs.

NB – Les auteurs disposent encore de quelques exemplaires de cette brochure. Si vous souhaitez l’acquérir vous pouvez : soit rédiger un message en utilisant la fonction « Contact » de ce blog et je transmettrai,  soit envoyer un courriel aux auteurs  : anto.antiboul at wanadoo.fr

Sébastien Flamanc, directeur d’Air Union à Antibes

Samedi 25 juillet 2009

Sébastien Flamanc débute sa carrière dans l’aviation civile en 1922 à Antibes où il exercera les fonctions de directeur de l’Aéronavale jusqu’en 1929. Avec d’autres agents de la compagnie il partira alors à Marignane. Il a appartenu successivement aux compagnies Aéronavale, Air Union, et Air France … sans en avoir quitté aucune.

Né à Plougasnou le 4 août 1883, Sébastien Flamanc entre dans la marine en 1897 : il a 14 ans. En 1908, devenu sous-officier, il est admis à l’Ecole des Elèves Officiers à Brest.

Le 1er octobre 1910 il en sort avec le grade d’Enseigne de Vaisseau.

A la suite d’un embarquement sur le cuirassé Masséna, il suit les cours de l’école des canonniers (1912-1913). Pendant la guerre de 14, il est embarqué sur le Condorcet.

C’est sans doute pendant la guerre qu’il s’oriente vers l’Aviation Maritime. Nommé Lieutenant de Vaisseau en 1917, il prend le commandement de l’escadrille de surveillance de la Seine, au Havre, en décembre 1917 ; il y reste jusqu’en octobre 1918. Parmi les pilotes de cette escadrille figure un jeune Enseigne de Vaisseau qui sort de l’école de pilotage d’Ambérieu : il s’agit d’ Yves Aubert, frère de Juliette de Kerimel ; mon oncle.

De janvier à juillet 1919 Sébastien Flamanc est en poste à Calais ; puis il est affecté à Alger en 1920 et à Bizerte en 1921. Il est ensuite détaché au Sous-Secrétariat de l’Aéronautique et des Transports Aériens, en service à la navigation aérienne.

La guerre finie, beaucoup d’officiers éprouvent des difficultés à envisager l’évolution de leur carrière dans l’armée. Comme tant d’autres navigants de l’Aéronavale, Sébastien Flamanc songe à l’aviation civile. Il prend des contacts.

En 1922, il obtient de Monsieur Lioré une promesse d’engagement et le 25 avril 1922 il obtient de la Marine le congé qu’il a sollicité.

Le 1er juin 1922, il est engagé par la Compagnie l’Aéronavale créée en 1919 par Fernand Lioré ; le 1er juillet il devient directeur d’exploitation de la base d’Antibes. Il habite alors à Antibes « La Monette« , villa aujourd’hui disparue de l’avenue Meissonier.

En 1924, après avoir procédé en mai à un voyage d’étude, il inaugure le 15 décembre la ligne Ajaccio-Tunis (Les hydravions et la base d’Antibes, p.33).

En 1925, comme la réglementation de la Marine le prévoit, il demande et obtient la prolongation de son congé. Cependant, sans doute assuré de son avenir à l’Aéronavale, il demande son admission à la retraite à compter du mois d’août 1925.

En 1926 l’Aéronavale devient Air Union.

En décembre 1927, il « prépare un voyage Tunis-Tripoli-Benghasi-Tobrouk-Le Caire prolongement de notre ligne Marseille – Tunis » et précise qu’il devrait se faire « avec l’hydro Clément-Bayard« . Par ailleurs la direction lui demande de mettre en place une liaison quotidienne Marseille-Cannes qui devrait être ouverte le 1 janvier 1928 (lettre à Yves Aubert).

Le 4 janvier 1928 il est promu officier de la Légion d’Honneur en qualité de Directeur de l’Exploitation de la Compagnie Air Union.

En 1929, sur décision prise par le Conseil d’Administration d’Air Union, il assure le transfert à Marignane de la base d’Antibes.

Sébastien Flamanc meurt à Brest le 11 février 1940 à l’age de 56 ans.

Charles-Guy de Kerimel

Sources : Archives de la Marine et Les Hydravions et la base d’Antibes (Voir en Bibliographie)

Question – Quelle fonction Sébastien Flamanc a-t-il exercé à Marignane ?

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Marceau Méresse, notre voisin

Mardi 14 juillet 2009

Du tout début de l’année 1935 jusqu’au milieu de 1938 Marceau Méresse loua la villa « Mon Désir » sur la rue qui mène de Marignane à Saint Victoret. Puis, il occupa la villa qu’il s’était fait construire à Saint Victoret, près de la Croix ; mais il en sera chassé en 1943 par les allemands, lors de l’occupation, et partira à Aix-en-Provence jusqu’à la fin de la guerre.

Les débuts

   Marceau Méresse naît le 25 juin 1905 à Saint Hilaire-lez-Cambrai, dans le Nord. Il entre le 2 mars 1925 à l’école d’aviation Camplan à Bordeaux comme élève pilote boursier et passe son brevet de pilote d’avion sur SPAD VII en juin de cette même année, et celui d’hydravion en février 1926. Il effectue alors son service militaire dans l’Aéronavale en tant que pilote à l’escadrille R I à Berre.

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   Le 16 septembre 1927, il obtient son brevet de pilote de transport public d’avions et d’hydravions (N° 1032). Il entre à la Compagnie Générale Aéropostale (Latécoère) à Toulouse le 17 septembre, recruté par Didier Daurat pour effectuer les liaisons Oran-Alicante-Oran sur hydravion Lioré-Olivier H 13.

Le 7 décembre 1927, avec Le Duff et 2 passagers, il se tire de justesse d’un grave accident en Méditerranée.   En 1928, à l’ouverture de la ligne Marseille-Alger par l’Aéropostale, c’est sur Laté 32 et ensuite sur CAMS 56 qu’il effectue les liaisons  régulières en faisant escale au début à Palma de Mayorque. Le 22 septembre 1928, un feu moteur l’oblige à un amerrissage d’urgence (renvoi à la chronique du 5 mai 09 : Une panne en mer …).

L’ Extrême-Orient

   En octobre 1929, Marceau Méresse est engagé par Jacques Bréguet pour fonder la compagnie Air-Asie. Après avoir réceptionné le Lioré 198 à Argenteuil et le Potez 32 à Meaulte, il part pour l’Indochine sur un bateau de la compagnie des Chargeurs Réunis, avec le mécanicien Pierreti qui avait mis les appareils en caisse. Sur place il effectue quelques vols  photographiques ou de liaison sur Potez 32 et des vols de reconnaissance de plans d’eau sur hydravion Lioré198 (qui se révéla inadapté au climat chaud et humide)

   Air Asie fusionne avec la compagnie Air Union Lignes d’Orient pour former Air Orient. Les courriers  réguliers commencent sur la ligne Saïgon-Bankok-Saïgon. et parfois jusqu’en Malaisie avec des monomoteurs Farman190 et 200, au-dessus de régions forestières peu hospitalières en cas de panne.

   En mars 1932 sur Focker  F VII,  Marceau Méresse inaugure la ligne Saïgon-Karachi et retour. 17 jours d’absence et 7 jours de présence à Saïgon, ce rythme d’activité rendait la vie de famille difficile à gérer et imposait à l’épouse une lourde charge de responsabilités.

   La médaille d’argent de l’Aéroclub de France lui est attribuée en 1933 pour son importante activité aérienne.

   En Octobre 1933 Air-Orient fusionne avec d’autres compagnies françaises pour former Air France. Au tout début 1934 Marceau Méresse est envoyé à Damas pour effectuer la ligne Damas-Saïgon-Damas, toujours sur Focker F VII. Ce furent alors 23 jours d’absence et 17 jours de présence; une activité professionnelle encore plus difficile à supporter au plan de la vie privée.    

Retour en Méditerranée 

   En janvier 1935, le voilà à Marignane. Il est affecté  au réseau Méditerranéen de Marseille vers Ajaccio, Tunis, Beyrouth, Barcelonne etc…, et il vole sur hydravions Cams 53 et Lioré H 242 (quadrimoteurs). Un jour de tempête, sur Lioré H 242,  un bout de pale de l’hélice du moteur arrière droit se détache et provoque des vibrations qui obligent à l’amerrissage; mais le mécanicien sorti de la carlingue repère le moteur incriminé et réussit à le couper juste avant la tragédie.     

   En 1937, il est fait chevalier dans l’Ordre de la Légion d’Honneur.

   En 1939, alors qu’il vient juste d’aménager à Saint Victoret, c’est la mobilisation à l’escadrille 3 E1, à Berre, puis il est remis à la disposition d’Air France. En 1940, ce sont de nombreuses traversées à évacuer des militaires vers l’Afrique du Nord.   

A partir du mois de mai 1941 il passe sur Lioré H 246 et continue la ligne régulière Marseille Alger Marseille. Il sera  mitraillé par l’aviation de chasse anglaise, le 13 août 1943, à 55 milles nautiques d’Alger. Il s’en tirera avec brio. Encore quelques liaisons jusqu’au 13 octobre 1943, et c’est l’occupation de la zone libre par les allemands. Chassé de Saint Victoret par la Kommandantur qui veut s’installer dans sa villa, il se retire à Aix-en-Provence. Il effectuera jusqu’à la fin de l’occupation quelques vols de réception au profit de la compagnie Air France.

Madagascar   

Il reprend la ligne à partir de 1945 et part pour Tananarive (Madagascar) créer les liaisons Air France à l’intérieur de « La Grande Ile », sur Junker 52, Douglas DC 3 et Goëland. En 1947, c’est la rébellion à Madagascar et les avions d’Air France sont réquisitionnés pour dégager les populations civiles de plusieurs agglomérations de la côte sud-est, transporter les troupes, effectuer des reconnaissances, mitraillages et bombardements de concentrations de rebelles. Il sera décoré de la Croix de Guerre T.O.E. avec palme et citation à l’ordre de l’armée.

   Le 23 octobre 1950 il est fait Officier dans l’Ordre de la Légion d’Honneur. 

   Marceau Méresse prend sa retraite le 30 avril 1956 dans sa cinquante et unième année. Il totalise 17. 937 heures de vol, sur un parcours de trois millions trois cent quarante cinq mille sept cent trente kilomètres, soit à une vitesse moyenne de 187 kilomètres par heure.

   L’aviation des pionniers s’achève, pour ainsi dire, à ce moment là avec l’arrivée en service des avions de transport à réaction.

Il est mort à Nice à l’age de 85 ans.

M.M.

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