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Archive pour octobre 2009

Louis Cavaillès, mécanicien-navigant

Samedi 31 octobre 2009

Louis Cavaillès est né à Castelnau de Brassac, dans le Tarn, le 23 mars 1901. Peu attiré par la vie qui l’attend s’il reste dans ce village agricole de moyenne montagne, il part « à la ville » : Béziers. Un beau jour, il arrive dans un garage comme gardien de nuit avant que le patron ne lui propose de travailler de jour, au garage, comme « demi-ouvrier ».

Parce qu’il a dit être mécanicien, Louis Cavaillès fait son service militaire dans l’aviation, à Cazaux, et puisqu’il est dans l’aviation, il rêve de piloter. Mais ses yeux ne le lui permettant pas, il sera mécanicien, et c’est au cours de son service qu’il apprend son métier, à force d’obstination et de travail. Un « bleu » arrivant sur la base lui parle de Latécoère. Cette rencontre était-elle prémonitoire ?  On peut le supputer, car le « bleu » deviendra pilote et sera l’un des amis de Cavaillès : Gaston Vedel.  Fort de ce conseil, il se présente, réussit son essai, et regagne la base avec une promesse d’embauche.

Le 22 mai1923, rendu à la vie civile, Cavaillès arrive à Montaudran. Il travaille quelques mois dans les ateliers avant de passer sur la piste pour la mise au point des avions des Lignes Latécoères. Il a un patron : Didier Daurat.

En mai 1924 il effectue son premier vol vers Oran sur un Lioré bi-moteur qu’il ne connaît pas ; mais, du fait d’un accident, le voyage s’arrête à Barcelone où il est affecté et où il restera cinq ans. Ils sont plusieurs mécaniciens chargés de tenir en état de vol les Bréguet 14  qui desservent la ligne. Il y rencontre la plupart des pilotes, radios et mécaniciens de l’époque : Cueille, Rozès, Denis, Delrieu, Gay, Arcaute, Riberdière, Doerflinger, Enderlin. Un peu plus tard il verra passer Dubourdieu, Mermoz, Riguelle, Antoine, Félix, Saint-Exupéry, Reine, Guillaumet, Delaunay, Gambade, Rouchon, Bury, Emler, Guerrero.

En 1925 – Il est promu chef mécanicien ; il a 24 ans.

En 1927, l‘Aéropostale – la CGA – prend le relais des Lignes Latécoères.

En 1929, Louis Cavaillès est affecté à la ligne Paris-Madrid qu’il desservira pendant huit mois avec le pilote Elysée Negrin.

En février 1930, il arrive à Marignane comme chef mécanicien. Il vole sur la ligne Marseille-Alger en même temps qu’il travaille avec Dabry et Gimié à la mise au point d’un hydravion capable de franchir l’Atlantique ; le Levasseur ayant montré ses insuffisances, ce sera un Laté 28 équipé avec des flotteurs. Aussi Louis Cavaillès part-il à Dakar pour préparer la première traversée de l’Atlantique. Elle a lieu le 13 mai 1930. Le mécanicien ne faisant pas partie de l’équipage, il traverse l’Atlantique sur un aviso de l’Aéropostale. Il est à Natal pour Accueillir  Mermoz, Dabry et Gimié qui viennent de réussir la première traversée de l’Atlantique avec le Laté 28 ; cet appareil recevra par le suite le nom de « Comte de La Vaulx« . Le voyage de retour sera particulièrement acrobatique, puisque Mermoz fera plus de 50 tentatives avant de parvenir à décoller, le 8 juillet 1930. Mais le moteur « avait été sérieusement malmené – raconte Cavaillès – Il  se déclara dans la nuit une fuite d’huile que Gimié nous annonça. Ils alimentèrent avec un bidon supplémentaire que nous leur avions mis à bord ». En fait, il avait caché ce bidon, parce qu’il fallait limiter au maximum le poids de l’appareil. Et c’est ainsi que, grâce à la prévoyance de Cavaillès l’équipage put rejoindre l’aviso et fut sauvé.

Le 15 janvier 1931 il est affecté à Biscarosse où il participe aux essais du Laté 38. Il y reste jusqu’en juillet 1932.

En 1933, c’est la fin de l’Aéropostale. Air Orient, Air Union, la CIDNA et la SGTA se regroupent et seront rejointes un peu plus tard par l’Aéropostale : c’est  la naissance d’ Air France, officialisée le 7 octobre. Louis Cavaillés devient ainsi mécanicien d’Air France.

En 1933 et 1934, il est affecté à l’Arc-en-Ciel, il est alors basé à Porto-Praia (Açores). Ensuite, à la fin de l’année 1936, il vole sur le Farman quadrimoteur Ville de Montevideo.

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Après la mort de Mermoz, il quitte l’Atlantique sud en mars 37 -  il y reviendra 18 ans plus tard. Il est détaché par Air France chez Couzinet pour y faire des essais.

En 1938, détaché à Air France Transatlantique, il procède avec Paul Codos aux essais du Farman 223-224. La guerre déclaré, la Marine Nationale réquisitionne les trois exemplaire existants ; toujours avec Codos, il vole sur l’un d’eux, le Camille Flammarion, pour des missions d’observation dans l’Atlantique sud.

En 1940, il est à Marignane où il reprend les vols d’essais sur les Farman. Retrouvant le Camille Flammarion, il effectue avec lui des vols spéciaux vers le Proche-Orient avec le pilote Maurens. Après la perte de cet appareil lors d’un vol Marignane-Beyrouth il passe sur son jumeau, le Camille Le Verrier avec lequel Guillaumet, Le Duff, Maontaubin, Franques et Reine trouveront la mort. Par la suite, et jusqu’en 1943 il participe à la mise au point de trois hydravions destinés aux traversées de l’Atlantique  – Laté 631, SE 200 et Cams 161 – et aux essais sur l’Etang de Berre du Cams.

Lassé de travailler pour les allemands, il tente une première fois de quitter le territoire. Le 11 novembre 1942 il doit convoyer un Farman 223 de Marignane à Toulouse. Il arrive en retard à l’aéroport, et dans la confusion qui s’ensuit, il fait mettre du carburant dans les réservoirs, personne ne s’apercevant que cela a déjà été fait le matin. Une fois en l’air, d’accord avec le radio Néri, il tente de convaincre le pilote de mettre le cap sur Alger. Mais celui-ci refuse, alléguant le sort de sa famille.

En juin 1943, il fait une seconde tentative. Avec plusieurs autres agents d’Air France, il s’apprête à franchir les Pyrénées pour rejoindre l’Angleterre. Ils sont tous arrêtés par les allemands et emprisonnés à Perpignan. Ils passent par Royallieu et Compiègne avant d’être enfermés à Buchenwald. Là, Louis Cavaillès rencontre d’autres hommes de l’aviation : Marcel Bloch, Gaston Vedel, pilote,  Paris, pilote, Courtaud, radio, Bonnard, Fulachier. En avril 1945, les nazis évacuent le camp et font subir aux détenus une longue marche dont la plupart ne reviendront pas. Il résiste. Libéré, il gagne Toulouse en train tandis que Deloustal rejoint Marseille ; « C’était la première fois que nous nous séparions depuis deux ans » dit-il, « C’était le 14 mai 1945. »  (Voir le récit de sa déportation écrit par Cavaillès lui-même sous le titre « Le calvaire » et que Jean pierre Gaubert a inséré dans son livre Cavaillès, compagnon de Mermoz, page 241 à 247)

Dès son retour, Cavaillès insiste pour reprendre son activité. Il revient à Biscarosse au moment où l’on reprend les essais sur le Laté 631. Il participe à quelques voyages d’essai avec le Lionel de Marmier (Laté 631-02).

Par la suite, il vole sur les lignes transatlantiques ou vers Saïgon, avec le DC 4 puis le Constellation. C’est d’ailleurs avec le Constellation F.BAZI qu’il participe aux recherches du Lionel de Marmier en août 1948 (pilote : Kersual, radio : Gloux). Ils auront effectué près de 100 heures de vol et n’auront rien trouvé.

En 1955, faute de pouvoir obtenir les qualifications pour voler sur les nouveaux appareils, il retourne à Dakar où il occupe les fonctions de chef -mécanicien sur DC 3 et DC 4.

En 1960, Louis Cavaillès est mis à la retraite. Il s’installe à Pau, dans une villa qu’il fait construire : La douce Escale.

Il meurt à Pau, le 15 juillet 1983.

Dans ses entretiens avec Jean-Pierre Gaubert, Cavaillès explique de manière imagée et un peu insolite comment il concevait son métier :

« Moi, j’étais comme le croyant qui s’en va à l’église, qui s’agenouille et qui, parce qu’il croit en Dieu, prie avec ferveur. Ce métier je le faisais comme ça

Avec Collenot, Louis Cavaillès a été l’un des très grands mécaniciens de l’époque héroïque de l’aviation civile. Didier Daurat lui a rendu hommage en lui exprimant « sa reconnaissance« . Pierre Viré lui a dédicacé son livre Au péril de l’espace, en écrivant simplement : « A Louis Cavaillès, compagnon de Mermoz ». Rien ne pouvait lui faire un plus grand plaisir.

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PS.  Je remercie particulièrement Jean-Pierre Gaubert d’avoir accueilli chaleureusement le projet de ce portrait et de m’avoir autorisé à reprendre les photos de son livre. Je lui sais gré de m’avoir appris que « le bleu » était Gaston Vedel.

Charles-Guy de Kerimel

Source : Le livre de Jean-Pierre Gaubert : Cavaillès, compagnon de Mermoz

Question : Louis Cavaillès semble avoir résidé à 2 reprises à Marignane ou à Saint-Victoret ; est-ce lui qui a habité chemin des Cibles ? Combien de temps a-t-il habité dans cette région ?

Cavaillès, compagnon de Mermoz

Mercredi 21 octobre 2009

Ce 15 juillet 2005 je flâne dans une rue de Castres. M’arrêtant devant une librairie, je regarde distraitement les ouvrages présentés quand ma curiosité est vivement sollicitée par un livre posé en bonne place sur le présentoir : Cavaillès, compagnon de Mermoz. Je ne connaît pas ce Louis Cavaillès mais je sais bien qui était Mermoz. Chaque jour, aux Pins, j’avais sous les yeux une photo de ce pilote prestigieux émergeant d’un hydravion qui venait d’amerrir. Apprenant que l’auteur de cet ouvrage réside à Castres, je sollicite une entrevue. Monsieur Jean-Pierre Gaubert a l’extrême amabilité de me recevoir et je prends un grand plaisir à cette rencontre et à ce qu’il me raconte des origines de ce livre.

Dans les jours qui suivent, je me plonge dans la lecture, avec passion, comme si je découvrais tout à coup le monde dont j’avais été si proche toute mon enfance, sans m’y être vraiment intéressé. Cela agit sur moi comme un choc et fait naître dans mon esprit l’idée d’une remémoration. Car c’est bien de cela qu’il s’agit dans ce blog.

Jean-Pierre Gaubert raconte la vie de Cavaillès, bien sûr.

Tout se passe  comme si nous assistions aux  entretiens de l’auteur avec le héros de l’histoire, installés dans un coin du bureau, un peu en retrait. Ainsi au fil des pages nous découvrons un personnage ordinaire et cependant hors du commun. Un brave fils de paysan de la moyenne montagne tarnaise qui découvre un peu par hasard les avions et leur mécanique, entre chez Latécoère dès son service militaire achevé, en 1923, et devient l’un des grands mécaniciens de « La Ligne« . Bien plus, nous croyons entendre Louis Cavaillès raconter lui-même – avec une infinie modestie – sa vie de mécanicien et de navigant, son métier, les multiples incidents ou accidents dont il a été le témoin ou qu’il a vécu, les hommes qui étaient ses compagnons d’aventure. Les hommes surtout, tous ceux qu’il a rencontrés sur les terrains, auprès des appareils accidentés ou avec lesquels il a volé : Daurat, Mermoz, Guillaumet, Ponce, Dubourdieu, Saint-Ex, Marchal, Pichodou, Parayre, Deloustal, Collenot, Néri, Gimié, Vedel et tant d’autres que je ne puis citer ici.

Jean-Pierre Gaubert écoute Cavaillès, il le fait parler, nous les suivons, et peu à peu c’est l’histoire de La Ligne qui nous est contée. La vie de Cavaillès sert en quelque sorte de fil rouge. En le suivant, l’auteur nous conduit des usines Latécoère de Montaudran en Amérique du Sud. Avec lui nous franchissons les Pyrénées après avoir fait escale à Perpignan, nous nous installons quelques temps à Barcelone avant de poursuivre vers Casablanca. Nous faisons escale à Cap July où nous passons la soirée avec Saint-Ex, Guillaumet, Marchal et Riguelle. Nous frémissons d’angoisse en constatant qu’un avion est en retard : peut-être est-il  en panne au milieu du désert ? l’équipage n’est-il pas aux mains des maures ?  Nous atteignons Dakar et nous embarquons dans L’Arc-en-Ciel pour franchir l’Océan en songeant que d’autres n’ont jamais atteint l’autre rive. Puis nous nous retrouvons quelques temps en Asie avant de survoler à nouveau l’Atlantique avec Paul Codos.

Lisez ce livre, si ce n’est déjà fait. Vous y découvrirez des pages poignantes, en particuliers celles où Louis Cavaillès évoque son arrestation, en 1943,  alors qu’il s’apprête à franchir les Pyrénées pour rejoindre Londres, et son séjour à Buchenvald. Ce 8 juin 1943 Cavaillès n’est pas seul, ils sont 7 : Néri, Bussière, Plamont, Deloustal, Bailloux, Bouchard et Cavaillès.

Je dois dire avant de conclure que ce livre m’a laissé avec une interrogation à laquelle je ne trouverai sans doute jamais de réponse raisonnable. Quelle était la motivation de ces pionniers de l’aviation ? qu’est-ce qui les a poussés à se dépasser à ce point ? pourquoi une telle obstination au service du courrier ? comment ont-ils pu s’envoler aussi régulièrement sur des avions dont ils connaissaient mieux que quiconque les faiblesses, pour ne pas dire plus ?

Evoquant le cas d’un mécanicien désigné pour un vol dont il n’est pas revenu, Jean-Pierre Gaubert l’interroge : « Si c’est vous qui aviez été désigné, seriez-vous parti ? » – « Mais sans aucune hésitation ! » répond-il, presque fâché qu’on lui ait posé la question.

Si vous avez quelque piste susceptible d’apporter des réponses à mes interrogations, je vous serai infiniment reconnaissant de m’en faire part.

Charles-Guy de Kerimel

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Jean-Pierre Gaubert, Cavaillès, compagnon de Mermoz, éditions Loubatières, Portet-sur-Garonne, , 2005, 352 pages  (édition revue et corrigée d’un ouvrage paru en 1983)

Editions Loubatières  10bis boulevard de l’Europe, BP 27, 31122  Portet-sur-Garonne Cedex

Un curieux incident retarde M Chiappe

Vendredi 9 octobre 2009

En 1928, Marc Cariou, pilote à Air Union, habite Antibes tandis qu’en 1931 il se sera installé à Gignac, l’escale d’Air Union ayant été déplacée d’Antibes à Marignane en 1929. Joseph de Kerimel, mon père, parle de lui à plusieurs reprises dans les lettres qu’il adresse à ma mère tout au long de l’année 1928. Le 28 septembre 1928 il lui fait part d’un curieux accident survenu à l’hydravion piloté par Cariou, sans doute un Léo 13.

Ce jour là Cariou vient d’arriver à Ajaccio en provenance de Tunis. M Chiappe arrive-t-il lui aussi de Tunis ? Je ne saurai l’affirmer. En tout cas, il doit repartir avec cet appareil pour rejoindre Antibes où il est évidemment attendu par toutes les autorités : « le Sous-Préfet de Grasse – le maire d’Antibes – quantité d’autres personnalités »  précise mon père. Mais l’appareil a rencontré des problèmes lors de l’amerrissage et, de surcroît, la météo n’est pas bonne. Aussi le voyage est-il reporté au lendemain. Dans sa lettre, mon père détaille les circonstances de l’incident : je lui laisse la parole.

Charles-Guy

 » M. Chiappe était ravi de son voyage et a adressé depuis une carte de remerciements au patron, carte fort bien tournée du reste – Ce voyage a été retardé par un accident survenu à l’appareil venant de Tunis-

Figures-toi que Cariou en arrivant à Ajaccio, manque la barque qui se présente au devant de l’appareil pour lui passer un filin (un bout !) il remet son moteur en route, fait un tour et revient – mais quand il veut arrêter son moteur la commande ne répond pas – il sort de son poste pour fermer le robinet d’arrivée d’essence – mais l’appareil continuait évidemment sa route et se dirigeait vers les quais – le pilote voit cela – rebondit à son poste et manœuvre pour éviter l’obstacle – il y réussit mais attrape par l’aile gauche une vedette et brise l’aile- il est rejeté de ce fait et l’autre aile vient s’abîmer sur le quai.

Le pauvre se fait des cheveux depuis, tu penses !-

Aussitôt averti de cela, M. Fl. fait partir un autre appareil d’ici – mais le temps était assez mauvais et le pilote jugea plus prudent de ne pas revenir le soir-même – Ce fut donc le lendemain matin  (mercredi) que le voyage fut fait – Tu peux te rendre compte grosso modo du nombre de coups de téléphone que j’ai dû donner à toutes les huiles, qui devaient venir ici d’abord à 3h, ensuite vers 6 h … etc »             Joseph

Notes – Jean Chiappe né à Ajaccio le 3 mai 1878 était alors préfet de police de Paris. Il trouvera la mort en Méditerranée le 27 novembre 1940 avec Guillaumet, Reine, Le Duff, Franques, Montaubin et le capitaine Nicolas. Leur appareil a été mitraillé par un chasseur italien et non par un anglais comme le dit l’encyclopédie Encarta

M. Fl. : il s’agit de Sébastien Flamanc, directeur d’Air Union à Antibes (voir son Portrait)

Question :  Quelqu’un a-t-il connu Marc Cariou ou ses enfants ?

Mes voisins et l’aviation (suite)

Samedi 3 octobre 2009

Le Chemin des Cibles tient une place de choix dans ma mémoire, et pour cause, puisque je suis né là. Je l’ai parcouru plus ou moins régulièrement pendant plus de 50 ans !  Dans une précédente chronique, c’est en le parcourant que j’ai commencé à égrener mes souvenirs.  Et je m’étais arrêté là, au milieu du chemin, à l’angle de la rue qui permet de rejoindre l’avenue de la gare (aujourd’hui rue du Maréchal Joffre).

Je n’avais pas nommé Mussi, un navigant qui résidait là, dans une petite maison, parce que je ne me souvenais pas de lui, tout simplement. Pourtant, je connaissais son épouse, puisqu’il s’agit de Cécile Jellade. Depuis, j’ai eu le grand plaisir de retrouver Cécile Mussi, chez elle.

maljoffrefc448.jpg L’une des premières maisons, à droite, en montant vers l’avenue de la gare était occupée par les Vennat. Alexis Vennat était mécanicien et il avait était en poste à Damas. Suzanne, leur fille, a l’age de ma sœur. Elle a épousé Roger Pierre et nous les avons retrouvés à Paris, bien des années plus tard. A la fin du mois de juin je suis allé lui rendre visite ; en consultant son album de photos nous avons évoqué « les pionniers » de notre quartier.

Je n’avais pas en mémoire plusieurs des noms qu’elle a cités :  Crampel, Payan, Vautier, Valette, que son père avaient connus en Syrie, mais aussi Bolaert ou Montaubin.

Pendant quelques semaines ou quelques mois je passais régulièrement devant la maison des Vennat pour aller un peu plus loin chez Madame Le Duff. En quelle année était-ce ? 1948 ? peut-être ? Mes parents lui avait demandé de me donner quelques leçons de français. Les Le Duff avait une fille de l’age de ma sœur.

Jean Le Duff, radio-navigant, avait été victime d’un drame de l’aviation le 27 novembre 1940. Ce jour là, le pilote n’était autre qu’Henri Guillaumet et il y avait à bord Jean Chiappe qui venait d’être nommé Haut Commissaire au Levant, ainsi que Reine, Montaubin et Franques. Mais cela je ne l’ai appris que beaucoup plus tard.

Mais continuons notre promenade, nous allons déboucher dans l’avenue de la gare où l’aviation civile était bien représentée. Je songe d’abord à la famille Bordère. Jean Bordère était radio à l’aéroport de Marignane. Je me souviens très bien avoir été invité par Madame Bordère. Quel age pouvais-je bien avoir ? … 7, 8 ou 10 ans, tout au plus. Quel était le motif de cette invitation ?  je l’ai oublié : ce ne devait pas être ma préoccupation d’enfant ! Cependant, je crois avoir éprouvé alors quelque fierté de cette invitation !

Un peu plus bas, une grande maison occupe le terrain situé à l’angle de la rue qui monte vers la colline (aujourd’hui rue Dieudonné Costes). Un radio-navigant habitait là : Henri Gloux. Ses fils ont été un moment les condisciples de mes frères à La Viste, aussi ai-je entendu souvent prononcer ce nom. J’était pourtant trop jeune pour garder des souvenirs personnels de cette famille. Les évènements m’ont amené à évoquer la disparition dans l’Atlantique le 1 aout 1948 du Lionel de Marnier (Laté 631 F.BDRC). Le pilote était Corentin Kersual qui avait un moment habité Marignane et le radio était Henri Gloux.

Tournant le dos à la gare, remontons le boulevard vers le bassin. Laissant à gauche la maison des Bordère, nous passons devant celle de Constant Simonet,  pilote d’hydravion. Plus loin encore habitaient Robert Hautot, radio-navigant,  et Georges Pierre qui a été chef d’escale d’Air France à Marignane.

Il y a quelques semaines, ma sœur et moi évoquions nos souvenirs. Mon aînée de quatre ans et dotée d’une excellente mémoire elle a nommé beaucoup d’autres voisins, navigants ou non. Quelques’uns demeuraient présents à ma mémoire : Félix Coupiat, Georges Deloustal, Robert Douetil, Louis Gauthé, Albert Laget, Edmond Larbonne, Ronan Le Gall, Paul Mazevet, Marceau Méresse, Paul Morvan, Pierre Ordener, André Parayre, Yves Ripault, Henri Tavernier, Pierre Viré.

Charles-Guy

Question : quel(s) pionnier(s) de l’aviation civile convient-il d’ajouter à la liste de « nos voisins » ?

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