Cavaillès, compagnon de Mermoz

Ce 15 juillet 2005 je flâne dans une rue de Castres. M’arrêtant devant une librairie, je regarde distraitement les ouvrages présentés quand ma curiosité est vivement sollicitée par un livre posé en bonne place sur le présentoir : Cavaillès, compagnon de Mermoz. Je ne connaît pas ce Louis Cavaillès mais je sais bien qui était Mermoz. Chaque jour, aux Pins, j’avais sous les yeux une photo de ce pilote prestigieux émergeant d’un hydravion qui venait d’amerrir. Apprenant que l’auteur de cet ouvrage réside à Castres, je sollicite une entrevue. Monsieur Jean-Pierre Gaubert a l’extrême amabilité de me recevoir et je prends un grand plaisir à cette rencontre et à ce qu’il me raconte des origines de ce livre.

Dans les jours qui suivent, je me plonge dans la lecture, avec passion, comme si je découvrais tout à coup le monde dont j’avais été si proche toute mon enfance, sans m’y être vraiment intéressé. Cela agit sur moi comme un choc et fait naître dans mon esprit l’idée d’une remémoration. Car c’est bien de cela qu’il s’agit dans ce blog.

Jean-Pierre Gaubert raconte la vie de Cavaillès, bien sûr.

Tout se passe  comme si nous assistions aux  entretiens de l’auteur avec le héros de l’histoire, installés dans un coin du bureau, un peu en retrait. Ainsi au fil des pages nous découvrons un personnage ordinaire et cependant hors du commun. Un brave fils de paysan de la moyenne montagne tarnaise qui découvre un peu par hasard les avions et leur mécanique, entre chez Latécoère dès son service militaire achevé, en 1923, et devient l’un des grands mécaniciens de « La Ligne« . Bien plus, nous croyons entendre Louis Cavaillès raconter lui-même – avec une infinie modestie – sa vie de mécanicien et de navigant, son métier, les multiples incidents ou accidents dont il a été le témoin ou qu’il a vécu, les hommes qui étaient ses compagnons d’aventure. Les hommes surtout, tous ceux qu’il a rencontrés sur les terrains, auprès des appareils accidentés ou avec lesquels il a volé : Daurat, Mermoz, Guillaumet, Ponce, Dubourdieu, Saint-Ex, Marchal, Pichodou, Parayre, Deloustal, Collenot, Néri, Gimié, Vedel et tant d’autres que je ne puis citer ici.

Jean-Pierre Gaubert écoute Cavaillès, il le fait parler, nous les suivons, et peu à peu c’est l’histoire de La Ligne qui nous est contée. La vie de Cavaillès sert en quelque sorte de fil rouge. En le suivant, l’auteur nous conduit des usines Latécoère de Montaudran en Amérique du Sud. Avec lui nous franchissons les Pyrénées après avoir fait escale à Perpignan, nous nous installons quelques temps à Barcelone avant de poursuivre vers Casablanca. Nous faisons escale à Cap July où nous passons la soirée avec Saint-Ex, Guillaumet, Marchal et Riguelle. Nous frémissons d’angoisse en constatant qu’un avion est en retard : peut-être est-il  en panne au milieu du désert ? l’équipage n’est-il pas aux mains des maures ?  Nous atteignons Dakar et nous embarquons dans L’Arc-en-Ciel pour franchir l’Océan en songeant que d’autres n’ont jamais atteint l’autre rive. Puis nous nous retrouvons quelques temps en Asie avant de survoler à nouveau l’Atlantique avec Paul Codos.

Lisez ce livre, si ce n’est déjà fait. Vous y découvrirez des pages poignantes, en particuliers celles où Louis Cavaillès évoque son arrestation, en 1943,  alors qu’il s’apprête à franchir les Pyrénées pour rejoindre Londres, et son séjour à Buchenvald. Ce 8 juin 1943 Cavaillès n’est pas seul, ils sont 7 : Néri, Bussière, Plamont, Deloustal, Bailloux, Bouchard et Cavaillès.

Je dois dire avant de conclure que ce livre m’a laissé avec une interrogation à laquelle je ne trouverai sans doute jamais de réponse raisonnable. Quelle était la motivation de ces pionniers de l’aviation ? qu’est-ce qui les a poussés à se dépasser à ce point ? pourquoi une telle obstination au service du courrier ? comment ont-ils pu s’envoler aussi régulièrement sur des avions dont ils connaissaient mieux que quiconque les faiblesses, pour ne pas dire plus ?

Evoquant le cas d’un mécanicien désigné pour un vol dont il n’est pas revenu, Jean-Pierre Gaubert l’interroge : « Si c’est vous qui aviez été désigné, seriez-vous parti ? » – « Mais sans aucune hésitation ! » répond-il, presque fâché qu’on lui ait posé la question.

Si vous avez quelque piste susceptible d’apporter des réponses à mes interrogations, je vous serai infiniment reconnaissant de m’en faire part.

Charles-Guy de Kerimel

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Jean-Pierre Gaubert, Cavaillès, compagnon de Mermoz, éditions Loubatières, Portet-sur-Garonne, , 2005, 352 pages  (édition revue et corrigée d’un ouvrage paru en 1983)

Editions Loubatières  10bis boulevard de l’Europe, BP 27, 31122  Portet-sur-Garonne Cedex

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