Louis Cavaillès, mécanicien-navigant

Louis Cavaillès est né à Castelnau de Brassac, dans le Tarn, le 23 mars 1901. Peu attiré par la vie qui l’attend s’il reste dans ce village agricole de moyenne montagne, il part « à la ville » : Béziers. Un beau jour, il arrive dans un garage comme gardien de nuit avant que le patron ne lui propose de travailler de jour, au garage, comme « demi-ouvrier ».

Parce qu’il a dit être mécanicien, Louis Cavaillès fait son service militaire dans l’aviation, à Cazaux, et puisqu’il est dans l’aviation, il rêve de piloter. Mais ses yeux ne le lui permettant pas, il sera mécanicien, et c’est au cours de son service qu’il apprend son métier, à force d’obstination et de travail. Un « bleu » arrivant sur la base lui parle de Latécoère. Cette rencontre était-elle prémonitoire ?  On peut le supputer, car le « bleu » deviendra pilote et sera l’un des amis de Cavaillès : Gaston Vedel.  Fort de ce conseil, il se présente, réussit son essai, et regagne la base avec une promesse d’embauche.

Le 22 mai1923, rendu à la vie civile, Cavaillès arrive à Montaudran. Il travaille quelques mois dans les ateliers avant de passer sur la piste pour la mise au point des avions des Lignes Latécoères. Il a un patron : Didier Daurat.

En mai 1924 il effectue son premier vol vers Oran sur un Lioré bi-moteur qu’il ne connaît pas ; mais, du fait d’un accident, le voyage s’arrête à Barcelone où il est affecté et où il restera cinq ans. Ils sont plusieurs mécaniciens chargés de tenir en état de vol les Bréguet 14  qui desservent la ligne. Il y rencontre la plupart des pilotes, radios et mécaniciens de l’époque : Cueille, Rozès, Denis, Delrieu, Gay, Arcaute, Riberdière, Doerflinger, Enderlin. Un peu plus tard il verra passer Dubourdieu, Mermoz, Riguelle, Antoine, Félix, Saint-Exupéry, Reine, Guillaumet, Delaunay, Gambade, Rouchon, Bury, Emler, Guerrero.

En 1925 – Il est promu chef mécanicien ; il a 24 ans.

En 1927, l‘Aéropostale – la CGA – prend le relais des Lignes Latécoères.

En 1929, Louis Cavaillès est affecté à la ligne Paris-Madrid qu’il desservira pendant huit mois avec le pilote Elysée Negrin.

En février 1930, il arrive à Marignane comme chef mécanicien. Il vole sur la ligne Marseille-Alger en même temps qu’il travaille avec Dabry et Gimié à la mise au point d’un hydravion capable de franchir l’Atlantique ; le Levasseur ayant montré ses insuffisances, ce sera un Laté 28 équipé avec des flotteurs. Aussi Louis Cavaillès part-il à Dakar pour préparer la première traversée de l’Atlantique. Elle a lieu le 13 mai 1930. Le mécanicien ne faisant pas partie de l’équipage, il traverse l’Atlantique sur un aviso de l’Aéropostale. Il est à Natal pour Accueillir  Mermoz, Dabry et Gimié qui viennent de réussir la première traversée de l’Atlantique avec le Laté 28 ; cet appareil recevra par le suite le nom de « Comte de La Vaulx« . Le voyage de retour sera particulièrement acrobatique, puisque Mermoz fera plus de 50 tentatives avant de parvenir à décoller, le 8 juillet 1930. Mais le moteur « avait été sérieusement malmené – raconte Cavaillès – Il  se déclara dans la nuit une fuite d’huile que Gimié nous annonça. Ils alimentèrent avec un bidon supplémentaire que nous leur avions mis à bord ». En fait, il avait caché ce bidon, parce qu’il fallait limiter au maximum le poids de l’appareil. Et c’est ainsi que, grâce à la prévoyance de Cavaillès l’équipage put rejoindre l’aviso et fut sauvé.

Le 15 janvier 1931 il est affecté à Biscarosse où il participe aux essais du Laté 38. Il y reste jusqu’en juillet 1932.

En 1933, c’est la fin de l’Aéropostale. Air Orient, Air Union, la CIDNA et la SGTA se regroupent et seront rejointes un peu plus tard par l’Aéropostale : c’est  la naissance d’ Air France, officialisée le 7 octobre. Louis Cavaillés devient ainsi mécanicien d’Air France.

En 1933 et 1934, il est affecté à l’Arc-en-Ciel, il est alors basé à Porto-Praia (Açores). Ensuite, à la fin de l’année 1936, il vole sur le Farman quadrimoteur Ville de Montevideo.

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Après la mort de Mermoz, il quitte l’Atlantique sud en mars 37 -  il y reviendra 18 ans plus tard. Il est détaché par Air France chez Couzinet pour y faire des essais.

En 1938, détaché à Air France Transatlantique, il procède avec Paul Codos aux essais du Farman 223-224. La guerre déclaré, la Marine Nationale réquisitionne les trois exemplaire existants ; toujours avec Codos, il vole sur l’un d’eux, le Camille Flammarion, pour des missions d’observation dans l’Atlantique sud.

En 1940, il est à Marignane où il reprend les vols d’essais sur les Farman. Retrouvant le Camille Flammarion, il effectue avec lui des vols spéciaux vers le Proche-Orient avec le pilote Maurens. Après la perte de cet appareil lors d’un vol Marignane-Beyrouth il passe sur son jumeau, le Camille Le Verrier avec lequel Guillaumet, Le Duff, Maontaubin, Franques et Reine trouveront la mort. Par la suite, et jusqu’en 1943 il participe à la mise au point de trois hydravions destinés aux traversées de l’Atlantique  – Laté 631, SE 200 et Cams 161 – et aux essais sur l’Etang de Berre du Cams.

Lassé de travailler pour les allemands, il tente une première fois de quitter le territoire. Le 11 novembre 1942 il doit convoyer un Farman 223 de Marignane à Toulouse. Il arrive en retard à l’aéroport, et dans la confusion qui s’ensuit, il fait mettre du carburant dans les réservoirs, personne ne s’apercevant que cela a déjà été fait le matin. Une fois en l’air, d’accord avec le radio Néri, il tente de convaincre le pilote de mettre le cap sur Alger. Mais celui-ci refuse, alléguant le sort de sa famille.

En juin 1943, il fait une seconde tentative. Avec plusieurs autres agents d’Air France, il s’apprête à franchir les Pyrénées pour rejoindre l’Angleterre. Ils sont tous arrêtés par les allemands et emprisonnés à Perpignan. Ils passent par Royallieu et Compiègne avant d’être enfermés à Buchenwald. Là, Louis Cavaillès rencontre d’autres hommes de l’aviation : Marcel Bloch, Gaston Vedel, pilote,  Paris, pilote, Courtaud, radio, Bonnard, Fulachier. En avril 1945, les nazis évacuent le camp et font subir aux détenus une longue marche dont la plupart ne reviendront pas. Il résiste. Libéré, il gagne Toulouse en train tandis que Deloustal rejoint Marseille ; « C’était la première fois que nous nous séparions depuis deux ans » dit-il, « C’était le 14 mai 1945. »  (Voir le récit de sa déportation écrit par Cavaillès lui-même sous le titre « Le calvaire » et que Jean pierre Gaubert a inséré dans son livre Cavaillès, compagnon de Mermoz, page 241 à 247)

Dès son retour, Cavaillès insiste pour reprendre son activité. Il revient à Biscarosse au moment où l’on reprend les essais sur le Laté 631. Il participe à quelques voyages d’essai avec le Lionel de Marmier (Laté 631-02).

Par la suite, il vole sur les lignes transatlantiques ou vers Saïgon, avec le DC 4 puis le Constellation. C’est d’ailleurs avec le Constellation F.BAZI qu’il participe aux recherches du Lionel de Marmier en août 1948 (pilote : Kersual, radio : Gloux). Ils auront effectué près de 100 heures de vol et n’auront rien trouvé.

En 1955, faute de pouvoir obtenir les qualifications pour voler sur les nouveaux appareils, il retourne à Dakar où il occupe les fonctions de chef -mécanicien sur DC 3 et DC 4.

En 1960, Louis Cavaillès est mis à la retraite. Il s’installe à Pau, dans une villa qu’il fait construire : La douce Escale.

Il meurt à Pau, le 15 juillet 1983.

Dans ses entretiens avec Jean-Pierre Gaubert, Cavaillès explique de manière imagée et un peu insolite comment il concevait son métier :

« Moi, j’étais comme le croyant qui s’en va à l’église, qui s’agenouille et qui, parce qu’il croit en Dieu, prie avec ferveur. Ce métier je le faisais comme ça

Avec Collenot, Louis Cavaillès a été l’un des très grands mécaniciens de l’époque héroïque de l’aviation civile. Didier Daurat lui a rendu hommage en lui exprimant « sa reconnaissance« . Pierre Viré lui a dédicacé son livre Au péril de l’espace, en écrivant simplement : « A Louis Cavaillès, compagnon de Mermoz ». Rien ne pouvait lui faire un plus grand plaisir.

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PS.  Je remercie particulièrement Jean-Pierre Gaubert d’avoir accueilli chaleureusement le projet de ce portrait et de m’avoir autorisé à reprendre les photos de son livre. Je lui sais gré de m’avoir appris que « le bleu » était Gaston Vedel.

Charles-Guy de Kerimel

Source : Le livre de Jean-Pierre Gaubert : Cavaillès, compagnon de Mermoz

Question : Louis Cavaillès semble avoir résidé à 2 reprises à Marignane ou à Saint-Victoret ; est-ce lui qui a habité chemin des Cibles ? Combien de temps a-t-il habité dans cette région ?

2 Réponses à “Louis Cavaillès, mécanicien-navigant”

  1. TULSA GILLES dit :

    je pense que mon grand oncle a bien connu cavailles car ils ont volé sur le meme avion . En effet André Montet , est parti a la recherche de mermoz le 7 decembre 1936 , avec le farman ville de mendoza en compagnie de guillaumet et l’avion attitré de montet était le F-APKY ville de dakar farman 2220 . j’ai une photo du mariage de montet en 1936 ou je crois reconnaitre cavailles . j’ai créer une page facebook :
    andre montet un aveyronnais pionnier de l aeropostale

    vous pouvez y jeter un oeil . Cordialement . tulsa gilles

  2. Gilles dit :

    Pour votre attention , je peux vous envoyer la photo de montet à Toulouse en 1935 afin de voir si Cavailles faisait partie des convives . MON MAIL/ gilles.tulsa@orange.fr

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