Un atterrissage acrobatique à Cannes

La ligne Marignane-Cannes n’a eu qu’une brève existence, on le sait (Voir la chronique du 1 aout 2009, catégorie Les lignes). Un accident semble bien avoir été la cause de sa fermeture. Robert Ferrisse faisait partie de l’équipage et il est sorti de l’appareil grièvement blessé.

Le samedi 26 septembre 1936 à 14 h. 56, le Fokker VII B3m F.AJBJ d’ Air France décolle de Marignane. Il est piloté par Bredignan tandis que Robert Ferrisse est à la radio ; sept passagers sont à bord avec leurs bagages, la poste et quelques colis. Le secrétaire général de la compagnie, M Schneider fait partie des passagers ainsi que son épouse.

Une heure plus tard, l’appareil se présente au-dessus de l’aéroport de Cannes. Que se passe-t-il alors ? Agissant au titre de chef d’escale intérimaire, Marcel Juin répond à cette question dans le rapport qu’il a rédigé par la suite.

Quelques minutes avant d’arriver, le radio a demandé la situation météo à la station d’Antibes, mais au moment où le pilote prend l’axe de la piste, la réponse n’est pas parvenue. Bien que de faible intensité, le vent se caractérise alors par de brusques changements de direction.

Alors que l’appareil est sur le point d’atterrir, le vent tourne subitement et le pilote doit reprendre de la vitesse. Le même phénomène se produit lors d’une deuxième tentative. Au troisième essai, Bredignan présente l’appareil dans l’axe est-ouest ; le vent est tombé. Mais au moment où le Fokker s’apprête à toucher terre, une brusque rafale de vent le soulève. L’appareil ne prend contact avec le sol qu’un peu plus loin, à une vitesse trop élevée, et vient s’encastrer dans les talus bordant le Béal qu’il enjambe ; l’avant du fuselage s’enfonce dans le talus.

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Si le pilote sort indemne de la carlingue, plusieurs passagers et le radio sont blessés. Robert Ferrisse souffre de blessures assez sérieuses : des plaies au cuir chevelu et de fortes contusions ; mais il n’y a pas de fracture. Comme à l’accoutumée, Air France se tournera vers la compagnie d’assurance. Cependant le règlement de l’affaire traînera en longueur. En octobre 1937, plus d’un an après l’accident, le tribunal civil de Grasse surseoira à statuer dans une audience de conciliation, le représentant de l’assureur prétextant n’ayant pas reçu les consignes de sa compagnie. Par la suite, le tribunal de Grasse accordera à Robert Ferrisse une invalidité de 35%.

Quant à l’appareil, il a subi des dégâts très importants : le train est arraché,  le fuselage est brisé en trois endroits, l’empennage est brisé, etc. Il sera démonté et ramené à Marignane.

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Le terrain de Cannes était-il adapté ? On peut en douter. Marcel Juin note dans son rapport : « La principale cause de l’accident est l’exiguïté du terrain. Si la piste avait eu 200 m. de plus, l’atterrissage aurait été normal et l’accident évité ». En tout cas, cet accident a sans doute provoqué l’abandon de la liaison Marignane-Cannes.

Charles de Kerimel

Sources : Archives d’Air France – Guy Ferrisse

Question : Le pilote Bredignan était-il connu à Marignane ?

PS – D’autres accidents subis par Robert Ferrisse ont été évoqués dans un chronique du 2 avril 2009, catégorie Accidents

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