Archive pour mars 2010

Henri FABRE et son hydro-aéroplane

Jeudi 25 mars 2010

En 2010, on ne peut pas passer sous silence, qu’il y a 100 ans … le 28 Mars 1910 …. Un jeune ingénieur marseillais, Henri FABRE, fit décoller sur l’Etang de Berre « Le Canard », le premier hydravion, appelé alors hydro-aéroplane.

Henri Marie Léonce FABRE est né au 62A rue Montgrand, à Marseille, le 29 Novembre 1882. Il est le 4ème  enfant d’ Augustin Urbain Félix Xavier Ernest FABRE, et de Marie Joséphine Adèle GRAND-DUFAY

Henri FABRE est issu d’une grande lignée d’entrepreneurs et d’industriels, qui ont dominé l’économie marseillaise aux 19ème et 20ème siècles, notamment dans les domaines du négoce, du transport maritime, de l’industrie, et qui ont assuré la prospérité du port de Marseille. On peut citer quelques sociétés dans lesquelles ils étaient présents  : Cie Augustin FABRE & Fils, Cie Cyprien FABRE, Cie REGIS, Cie FRAISSINET, Huileries ROCCA, TASSY & DE ROUX.     

Dès son enfance, Henri FABRE est inspiré par le vol du plus lourd que l’air grâce à un hélicoptère-jouet. Par la suite la lecture d’ouvrages sur le vol des oiseaux – qu’il se met lui-même à observer -  notamment L’empire de l’air, de Louis MOUILLARD, ainsi que les récits consacrés aux expériences d’Otto LILIENTHAL, alimenteront sa curiosité. 

Après une licence ès Sciences, il passe 2 années à l’ Ecole Supérieure d’Electricité – aujourd’hui Supélec – alors rue de Staël, à Paris – où il obtient un diplôme d’ingénieur, promotion 1906. Son nom est mentionné dans la Galerie des Anciens de Supélec.

A Paris, il fréquente des pionniers de l’Aviation : Gabriel VOISIN, Louis BREGUET, Alberto SANTOS DUMONT, pour ne citer que les plus connus.

Dès 1906, son diplôme d’ingénieur en poche, et fort d’un crédit alloué par son père, il achète à la Compagnie de Remorquage CHAMBON, un remorqueur à vapeur de 200 CH, le Marseillais 18, qu’il rebaptise l’Essor  et qu’il transforme en navire-hôtel-atelier.

En 1907, il se lance, dans la conception et la mise au point de son hydro-aéroplane. Il s’entoure d’une petite équipe : Mathieu PARLEANI, le capitaine de l’Essor, un mousse et Marius BURDIN, qui a été le mécanicien d’un autre pionnier de l’Aviation : le capitaine FERBER (1862-1909).

Après de multiples calculs et essais sur la voilure, les flotteurs et les moteurs ( accompagnés de … bains forcés !) Henri FABRE finalise « Le Canard » avec l’aide de l’architecte naval marseillais Léon SEBILLE, pour la mise au point des flotteurs, et celle des frères SEGUIN qui mettent à sa disposition leur moteur rotatif Oméga de 50 chevaux, à 7 pistons en étoile.

Enfin,  le 28 Mars 1910 – il y a 100 ans – Henri Fabre fait constater par huissier, le premier vol d’un hydro-aéroplane, entre La Mède et Martigues, sur l’Etang de Berre.

Il est intéressant de noter au passage que les frères Seguin sont apparentés à la famille de Germaine de Montgolfier … qui va devenir Madame Fabre !…  et qui est elle-même parente des frères de Montgolfier. Les Montgolfier, les Seguin : des précurseurs eux aussi (voir ci-dessous)

Au cours de cette même année 1910, Henri Fabre épouse Germaine DE MONTGOLFIER, née le 20 Décembre 1884 à  Marmagne (Côte d’Or), fille d’ Auguste Marc DE MONTGOLFIER et de Jeanne Alice DESPREZ.

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Henri FABRE est fait Chevalier de la Légion d’Honneur en 1923.

En 1927 il entre à l’Académie des Sciences, Lettres & Beaux Arts de Marseille ; à partir de 1936 il en sera très longtemps le doyen.

En 1965, vient à Châteauneuf-les-Martigues pour l’inauguration d’une rue portant son nom, à la Mède. 

En 1980, Henri Fabre est invité à Marignane à l’occasion du 70ème anniversaire de son exploit.

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Henri FABRE décède à Le Touvet, Isère, fin Juin 1984, dans sa 102ème année.

Son invention évoluera vers les hydravions à coque, qui prendront une place importante dans l’aviation de la 1ère Guerre Mondiale, et, par la suite, dans le transport du courrier, du fret et des passagers, et ce grâce au courage, à la témérité d’équipages prestigieux.

Gérard Faure / Charles-Guy de Kerimel

 

Henri Fabre a publié 2 ouvrages :

  Les 3 hydravions d’Henri Fabre – Imprimerie Guirimand, Grenoble – 1979

  J’ai vu naître l’aviation – Imprimerie Guirimand, Grenoble – 1980

N.B.  A l’occasion du Cengtenaire, J’ai vu naître l’aviation est réédité aux éditions du Cherche-Midi

Les Montgolfier, célèbres industriels du 18ème  siècle et inventeurs de « la montgolfière« .

Pierre de Montgolfier possédait une manufacture de papier à Vidalon-lès-Annonay en Ardèche, qui deviendra plus tard les papeteries CANSON & MONTGOLFIER.

Ses deux fils, Joseph et Etienne de Montgolfier prendront sa succession à la tête de l’entreprise familiale. Ils mettront au point le premier papier vélin, en France, et inventeront, en 1783, le ballon à air chaud, la Montgolfière, ainsi que le bélier hydraulique en 1792, machine élévatoire pour l’eau, sans source d’énergie annexe, toujours fabriquée de nos jours.

Les Seguin

Marc Seguin (1786-1875), le grand-père des trois frères, était le petit-neveu de Joseph et Etienne de Montgolfier. Il s’était lancé dans l’étude et la réalisation de ponts à suspentes métalliques, la conception d’une chaudière tubulaire dont il avait équipé des bateaux et des locomotives, avant de construire lui-même des locomotives. Avec ses frères, il avait obtenu l’adjudication de la ligne de chemin de fer de Saint-Etienne à Lyon.

Quant à ses petits-fils, Louis, Laurent et Augustin Seguin, ils créèrent la Société des moteurs Gnome et mirent au point le moteur rotatif, à pistons en étoile, qui permettra à Henri Fabre de faire décoller son « Canard ». La Société des Moteurs GNOME deviendra la Société GNOME-RHONE, puis la SNECMA à sa nationalisation en 1945, et aujourd’hui la SAGEM.

Sources  J’ai vu naître l’aviation, par Henri FABRE – Imprimerie Guirimand, Grenoble – 1980               Armateurs marseillais au XIXè siècle, par R. CATY et E. RICHARD – Collection Histoire du commerce et de l’industrie de Marseille, XIXè et XXè siècles -  CCI de Marseille – Imprimerie ROBERT – 1986

Liens : le centenaire d’Henri Fabre : http://www.fabre2010.fr/
             Montgolfier et Seguin : http://www.medarus.org/index.html (voir : Portraits d’ardéchois)

Les hommes, les avions, la neige et le froid

Lundi 8 mars 2010

La neige est tombée trois fois, cet hiver, en Haute Picardie et il a gelé à plusieurs reprises. Cette région n’a pourtant pas été la plus éprouvée, loin s’en faut, mais il n’en reste pas moins vrai que tout le monde, ici comme ailleurs, a le sentiment d’un hiver particulièrement rigoureux. La télévision nous a montré des avions cloués au sol sur plusieurs aéroports – même à Nice ! – tandis que d’autres devaient être déroutés et que les compagnies ont dû annuler des vols. Et voilà qu’à l’approche du printemps la neige tombe à nouveau dans le midi ! (En Picardie, il fait très beau, ce lundi 8 mars 2010, avec un température modérément froide) Chaque fois qu’il fait très froid, quand la neige tombe en abondance, nous sommes portés à croire qu’il s’agit d’un événement exceptionnel. Il se trouve toujours quelqu’un pour déclarer, péremptoire : « On n’a jamais vu ça !! »

J’ai connu, à Aix-en-Provence, le très grand froid de février 1956. Cette année-là on a pu voir de la glace sur l’étang de Berre, malgré la salinité importante de l’eau, du fait de températures demeurant longtemps négatives. Mon père disait avoir observé le phénomène deux ou trois fois ; il racontait qu’il avait vu quelqu’un aller sur la glace avec sa moto, le long du rivage.

Au cours de l’hiver 1929-1930 le midi fut durement touché et l’étang de Berre ne fut pas épargné. Dans le livre consacré à l’histoire de l’aéroport de Marignane, Michel Olivier s’appuie sur le témoignage de M.Girardot qui était alors commandant de l’aéroport. Il le cite : « Parmi les souvenirs de 1929, un fait exceptionnel doit être enregistré : celui de l’étang de Berre gelé et de la base d’hydravions de Marignane bloquée par les glaces ». Il poursuit, en donnant des précisions impressionnantes  « Au matin, l’étang de Vaïne était gelé sur une largeur de 500 m à partir du rivage et l’épaisseur de la glace atteignait 20 cm. On pouvait rouler en voiture sur la glace. » L’avis qu’il dût lancer aux navigateurs fit selon lui « quelque bruit à Paris : « base de Marignane bloquée par les glaces«  ». Le plan d’eau resta inutilisable pendant quinze jours. « Les anciens de Marignane n’avaient jamais vu pareil événement. » conclut-il.

Dix ans plus tard, il y eut également des hivers très froids. Au mois de décembre 1938, dans l’Est, l’Ouest et une partie du Sud, le froid fut extrêmement rigoureux. On a enregistré -25°C à Lyon le 22 décembre. Selon la Météo, en janvier et février 1940 on enregistra dans l’Est et le Nord des températures inférieures à -15° C. En février 1941, c’est surtout le moitié sud du pays qui fut concernée : on enregistra -12,8° à Marseille. Ce fut encore le cas l’année suivante, avec une température minimale de -7,1°. L’hiver 46-47 fut lui aussi très rigoureux. A la fin du mois de janvier 1947, le froid affecta l’ensemble du pays. A Marignane, on nota une température de -10,5° tandis qu’il y eût près de 40 cm de neige.

Mon père racontait une anecdote à propos d’un de ces grands froids ; était-ce au cours de l’hiver 39-40 ?  ou en 41 ? … je ne sais. La neige était tombée en abondance et les routes étaient bloquées, le vent provoquant la formation de congères. Comme il ne pouvait envisager de ne pas se rendre à son travail, il décida d’y aller à pieds. Marie-Françoise – ma sœur – se souvient mieux que moi de ce qu’il disait : il avait eût du mal à trouver son chemin et à progresser ; sur la route conduisant de Saint-Victoret à Marignane, il avait dû s’accrocher aux grilles des villas et monter, parfois, sur les murets des clôtures pour gagner quelques mètres ! J’imagine que, ce jour là, l’activité de l’aéroport avait été à peu près nulle !

Charles-Guy

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PS. Un grand merci à Charles Debos de m’avoir fourni cette photo de l’aéroport enneigé.

Source : CCI, Michel Olivier, Aéroport Marseille-Provence – 65 ans d’aviation commerciale, Edisud, 1987, pp 81-82

Question : Connaisez-vous d’autres évènements climatiques qui ont perturbé l’activité de l’aéroport de Marignane entre 1920 et 1950   … ou après ?