Archive de la catégorie ‘Accidents’

Un atterrissage acrobatique à Cannes

Dimanche 8 novembre 2009

La ligne Marignane-Cannes n’a eu qu’une brève existence, on le sait (Voir la chronique du 1 aout 2009, catégorie Les lignes). Un accident semble bien avoir été la cause de sa fermeture. Robert Ferrisse faisait partie de l’équipage et il est sorti de l’appareil grièvement blessé.

Le samedi 26 septembre 1936 à 14 h. 56, le Fokker VII B3m F.AJBJ d’ Air France décolle de Marignane. Il est piloté par Bredignan tandis que Robert Ferrisse est à la radio ; sept passagers sont à bord avec leurs bagages, la poste et quelques colis. Le secrétaire général de la compagnie, M Schneider fait partie des passagers ainsi que son épouse.

Une heure plus tard, l’appareil se présente au-dessus de l’aéroport de Cannes. Que se passe-t-il alors ? Agissant au titre de chef d’escale intérimaire, Marcel Juin répond à cette question dans le rapport qu’il a rédigé par la suite.

Quelques minutes avant d’arriver, le radio a demandé la situation météo à la station d’Antibes, mais au moment où le pilote prend l’axe de la piste, la réponse n’est pas parvenue. Bien que de faible intensité, le vent se caractérise alors par de brusques changements de direction.

Alors que l’appareil est sur le point d’atterrir, le vent tourne subitement et le pilote doit reprendre de la vitesse. Le même phénomène se produit lors d’une deuxième tentative. Au troisième essai, Bredignan présente l’appareil dans l’axe est-ouest ; le vent est tombé. Mais au moment où le Fokker s’apprête à toucher terre, une brusque rafale de vent le soulève. L’appareil ne prend contact avec le sol qu’un peu plus loin, à une vitesse trop élevée, et vient s’encastrer dans les talus bordant le Béal qu’il enjambe ; l’avant du fuselage s’enfonce dans le talus.

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Si le pilote sort indemne de la carlingue, plusieurs passagers et le radio sont blessés. Robert Ferrisse souffre de blessures assez sérieuses : des plaies au cuir chevelu et de fortes contusions ; mais il n’y a pas de fracture. Comme à l’accoutumée, Air France se tournera vers la compagnie d’assurance. Cependant le règlement de l’affaire traînera en longueur. En octobre 1937, plus d’un an après l’accident, le tribunal civil de Grasse surseoira à statuer dans une audience de conciliation, le représentant de l’assureur prétextant n’ayant pas reçu les consignes de sa compagnie. Par la suite, le tribunal de Grasse accordera à Robert Ferrisse une invalidité de 35%.

Quant à l’appareil, il a subi des dégâts très importants : le train est arraché,  le fuselage est brisé en trois endroits, l’empennage est brisé, etc. Il sera démonté et ramené à Marignane.

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Le terrain de Cannes était-il adapté ? On peut en douter. Marcel Juin note dans son rapport : « La principale cause de l’accident est l’exiguïté du terrain. Si la piste avait eu 200 m. de plus, l’atterrissage aurait été normal et l’accident évité ». En tout cas, cet accident a sans doute provoqué l’abandon de la liaison Marignane-Cannes.

Charles de Kerimel

Sources : Archives d’Air France – Guy Ferrisse

Question : Le pilote Bredignan était-il connu à Marignane ?

PS – D’autres accidents subis par Robert Ferrisse ont été évoqués dans un chronique du 2 avril 2009, catégorie Accidents

Une panne en mer sur le retour à Marignane

Mardi 5 mai 2009

Le 22 septembre 1928, le Laté 32 – F.AILN piloté par Marceau Méresse, quitte Palma de Majorque à destination de Marignane. Une panne de l’un des moteurs l’oblige à amerrir. Voici le texte du Rapport rédigé par le pilote à son retour à Palma.

RAPPORT DU PILOTE MERESSE SUR LA PANNE DU LATE 32  F.AILN

survenue le 22 septembre 1928 

Partis à 5 h 25 G.M.T de Palma en direction de Marseille sur le Laté 32 N° 77 – F-AILN.  Tout va bien à bord au départ, je continue ma montée à 1800 tours.   Les conditions atmosphériques permettant de voler haut et le vent me paraissant moins fort en altitude, je prends progressivement de la hauteur jusqu’à 800 mètres. 

Après environ 2 heures de vol les moteurs ayant jusqu’alors tournés normalement, le moteur avant sans aucun symptôme se mit brusquement à claquer donnant des retours au carburateur et une baisse de régime compris entre 1.000 et 900 tours. Je le réduis complètement en prolongeant le vol avec le moteur arrière.

Le mécanicien (Loerstcher) monte dans le capot moteurs aussitôt et revient me faisant signe de couper le moteur avant craignant l’incendie par les retours de flammes assez nombreux.  Je perds alors rapidement de l’altitude. Apercevant un bateau à gauche et un peu en arrière, je vais à sa rencontre arrivant ainsi assez près de lui au moment où il me fallut amerrir.  L’amerrissage s’effectue sans incident quoique la mer soit agitée. 

Le bateau (le steamer Chassinand) nous ayant aperçu, vient à notre rencontre. Le commandant nous demande si nous voulons être remorqués allant à Alger, mais pouvant nous déposer aux Baléares. Nous amarrons l’hydro de la patte d’oie au bateau qui continue sa route. Le mécanicien, le radio et moi restons à bord de l’appareil. Le bateau n’ayant pas de télégraphie, nous déployons l’antenne. Le radio (Le Pêcheur) essaie de transmettre un message mais l’état de la mer ne le permet pas, les embruns venant mouiller l’antenne. 

Au bout de quelque temps, l’élingue de la patte d’oie se casse. Le bateau revient nous accoster. Nous amarrons alors l’appareil solidement aux bases des mâts du bâti moteurs.  Pendant cette opération le mécanicien cherche la cause de la panne du moteur avant et si possible de le réparer; mais son travail est rendu très difficile, vu l’état de la mer, et, par une embardée assez forte de l’appareil, le mécanicien tombe à l’eau. Repêché aussitôt, il est conduit à bord du bateau.  La mer grossissant, nous prenons les sacs postaux et les papiers de bord et nous montons à bord du bateau qui reprend sa marche. L’hydro suit dans de bonnes conditions. 

Quelques heures après, il y eut une petite accalmie de la mer. J’en profite pour demander au commandant de vouloir bien stopper afin que nous puissions aller à bord de l’appareil et le radio essaie à nouveau de lancer un message. Le compte rendu du radio fut que son émission avait dû fonctionner et peut-être entendue par les postes à terre qu’il ne pouvait recevoir. Il a transmis par trois fois en répétant le message suivant: « Avons été recueillis et pris en remorque par bateau Prosper Schiaffino faisant route sur Alger, vitesse 8 nœuds, position à 14 heures: lat. 40° 08 Nord, 3° 35 Est, route Pera ».  Le bateau reprend sa route. 

Peu avant la nuit, le ciel s’obscurcit, un violent orage se déclare. La mer grossit de plus en plus, le vent souffle fortement.  L’hydro se penche tout-à-coup sur l’aile gauche qui s’engage dans l’eau. Le commandant ralenti aussitôt et prend le vent debout. Malgré cette manœuvre l’appareil reste sur l’aile, la nageoire gauche ayant dû prendre une grande quantité d’eau.  Le bateau reprend sa route à la vitesse la plus réduite qui permet aussi le remorquage de l’hydro dans cette position toute la nuit. 

Le lendemain matin, au lever du jour nous sommes allés à bord de l’appareil, l’état de la mer le permettant.  Nous équilibrons en remplissant d’eau la nageoire droite et en vidant une grande quantité de la coque ; ces opérations permettant ainsi une vitesse de remorquage plus grande.  Ne voyant pas le « Jonquille » (dépanneur qui, avec « l’Argand », était affrété par l’Aéropostale) sur notre route, je demande au commandant de vouloir bien ramener l’hydro à Palma. Le bateau fait route dans cette direction.  Peu avant le cap Blanco, nous apercevons le « Jonquille » qui lui-même nous a aperçu et vient à notre rencontre, prend l’hydro en remorque et l’équipage à son bord. Nous rentrons dans le port de Palma à 17h 20 (heure locale).  La panne du moteur provient de la rupture de l’entraînement de la magnéto droite.  L’appareil a souffert en général dans le remorquage, notamment l’aile gauche, complètement désentoilée, et les nervures arrachées jusqu’aux mats d’ailes. L’aileron brisé et arraché complètement. 

Palma de Mallorca, le 23 septembre 1928. 

Le chef d’Aéroplace      signé Morvan 

Ce document et la photo du Laté 32 m’ont été communiqués par Marc Méresse, fils de Marceau Méresse. Je l’en remercie vivement. CGdeK

Question : Le Pêcheur et  Loerstcher étaient-ils connus dans la région ? 

La série d’accidents d’un radio-navigant

Lundi 20 avril 2009

A l’époque héroïque de l’aviation civile, les accidents étaient monnaie courante, graves ou bénins. Tous les navigants y ont été confrontés.

Les archives d’Air France m’ont permis de suivre à la trace, si je peux dire, quelques’uns d’entre eux. Voici ce qu’a vécu l’un de nos concitoyens, le radio-navigant Robert  Ferrisse.

Le 28 août 1934, il vole sur la ligne Tanger-Rabat à bord du Laté 28  - F.AMXV. C’est Joffre qui pilote. A bord il y a 8 passagers, de la messagerie et “la poste”.  « A l’atterrissage à Rabat l’appareil heurte un talus”. Tout le monde est indemne.

Le 8 octobre 1934, piloté par Durand le Breguet 393 – F.ANEJ s’apprête à décoller de Casablanca pour transporter à Tanger 5 passagers et du fret (messagerie, la poste et des journaux). Le mécanicien Mouttet fait également partie de l’équipage. Il est 5 heures du matin et il y a de la brume. L’appareil fait “une embardée à gauche, le pilote coupe les gaz – Atterrisseur droit faussé, plan droit faussé” -  Heureusement, tout le monde est indemne. A 5 heures 45, l’équipage et les 5 passagers repartent avec le fret sur le Laté 28 – F.AMXV. (C’est bien le Laté 28 qui avait été accidenté à Rabat  1 mois ½ plus tôt)

Quatre jours plus tard, le 12 octobre, au moment où le Laté 28 – F.AJOZ arrivant de Barcelone et piloté par Arin atterrit à Alicante, il fait un  “cheval de bois en fin d’atterrissage, le train gauche s’efface sous le fuselage”.  Tout le monde est indemne et le voyage continue avec un autre appareil.

Le 21 novembre 1934 le Laté 28 – F.AMXV  - encore lui !- vient d’arriver à Alicante piloté à nouveau par Joffre. “L’appareil en cours de déchargement est heurté  par un Bréguet. Dégâts en bout de plan, réparation sur place – tout le monde est indemne

Le 20 janvier 1935, le Laté 28 – F.AJPG  piloté par Dedieu atterrit.  L’appareil est plaqué au sol par une rafale. Train droit à changer. Tout le monde est indemne – Le voyage continue sur le F.AJPB

Voilà les petites émotions d’un radio-navigant en à peine 5 mois.

J’en profite pour saluer son fils, Guy Ferrisse. Comme d’autres, il sait que les accidents n’étaient  pas toujours aussi anodins.

Guy m’a beaucoup encouragé dans ce projet de blog et je l’en remercie, n’oubliant pas que nos mères furent un temps les deux seules femmes du Conseil Municipal de Saint-Victoret.

Charles-Guy de Kerimel

Sources : Les  Archives d’Air-France

Question :  Le pilote Dedieu a-t-il habité Saint-Victoret ou ses environs ?