Archive de la catégorie ‘Incidents’

Un curieux incident retarde M Chiappe

Vendredi 9 octobre 2009

En 1928, Marc Cariou, pilote à Air Union, habite Antibes tandis qu’en 1931 il se sera installé à Gignac, l’escale d’Air Union ayant été déplacée d’Antibes à Marignane en 1929. Joseph de Kerimel, mon père, parle de lui à plusieurs reprises dans les lettres qu’il adresse à ma mère tout au long de l’année 1928. Le 28 septembre 1928 il lui fait part d’un curieux accident survenu à l’hydravion piloté par Cariou, sans doute un Léo 13.

Ce jour là Cariou vient d’arriver à Ajaccio en provenance de Tunis. M Chiappe arrive-t-il lui aussi de Tunis ? Je ne saurai l’affirmer. En tout cas, il doit repartir avec cet appareil pour rejoindre Antibes où il est évidemment attendu par toutes les autorités : « le Sous-Préfet de Grasse – le maire d’Antibes – quantité d’autres personnalités »  précise mon père. Mais l’appareil a rencontré des problèmes lors de l’amerrissage et, de surcroît, la météo n’est pas bonne. Aussi le voyage est-il reporté au lendemain. Dans sa lettre, mon père détaille les circonstances de l’incident : je lui laisse la parole.

Charles-Guy

 » M. Chiappe était ravi de son voyage et a adressé depuis une carte de remerciements au patron, carte fort bien tournée du reste – Ce voyage a été retardé par un accident survenu à l’appareil venant de Tunis-

Figures-toi que Cariou en arrivant à Ajaccio, manque la barque qui se présente au devant de l’appareil pour lui passer un filin (un bout !) il remet son moteur en route, fait un tour et revient – mais quand il veut arrêter son moteur la commande ne répond pas – il sort de son poste pour fermer le robinet d’arrivée d’essence – mais l’appareil continuait évidemment sa route et se dirigeait vers les quais – le pilote voit cela – rebondit à son poste et manœuvre pour éviter l’obstacle – il y réussit mais attrape par l’aile gauche une vedette et brise l’aile- il est rejeté de ce fait et l’autre aile vient s’abîmer sur le quai.

Le pauvre se fait des cheveux depuis, tu penses !-

Aussitôt averti de cela, M. Fl. fait partir un autre appareil d’ici – mais le temps était assez mauvais et le pilote jugea plus prudent de ne pas revenir le soir-même – Ce fut donc le lendemain matin  (mercredi) que le voyage fut fait – Tu peux te rendre compte grosso modo du nombre de coups de téléphone que j’ai dû donner à toutes les huiles, qui devaient venir ici d’abord à 3h, ensuite vers 6 h … etc »             Joseph

Notes – Jean Chiappe né à Ajaccio le 3 mai 1878 était alors préfet de police de Paris. Il trouvera la mort en Méditerranée le 27 novembre 1940 avec Guillaumet, Reine, Le Duff, Franques, Montaubin et le capitaine Nicolas. Leur appareil a été mitraillé par un chasseur italien et non par un anglais comme le dit l’encyclopédie Encarta

M. Fl. : il s’agit de Sébastien Flamanc, directeur d’Air Union à Antibes (voir son Portrait)

Question :  Quelqu’un a-t-il connu Marc Cariou ou ses enfants ?

Le Mistral !

Vendredi 29 mai 2009

A l’époque héroïque de l’aviation les avions étaient légers et les moteurs manquaient de puissance, aussi le vent posait-il de nombreux problèmes aux navigants, surtout quand il soufflait en rafales comme c’est le cas du Mistral. Quand on a vécu dans la région de l’Etang de Berre, on connaît le Mistral … et on le craint ; sans-doute les navigants et les agents de l’aéroport le redoutaient-ils plus que quiconque ! D’ailleurs l’orientation de la piste n’est pas due au hasard. 

Après l’amerrissage d’un hydravion, les passagers et l’équipage une fois débarqués, les agents de l’hydrobase devaient le mettre à terre. Le Mistral leur compliquait sérieusement la tâche et pouvait provoquer des accidents.  Le 3 novembre 1934, le Laté 25  F.AIPL vient d’arriver de Barcelone piloté par Espitalier, le radio étant Reynier. “En rentrant l’appareil au hangar, une rafale de vent le soulève et le fait capoter”. Les dégâts sont suffisamment graves pour que l’on juge judicieux de réformer l’appareil.  

Le 23 mars 1935, le LéO 242  F.AMVL venant d’Alger vient d’amerrir. “Au cours des manœuvres de mise à terre, l’appareil était suspendu à la grue lorsqu’une rafale de vent fit pivoter l’appareil – L’aile gauche heurte la flèche de la grue, le ballonnet droit heurte l’appontement, l’aile gauche heurte l’appontement.” Les dégâts sont importants, on s’en doute.   

Le Mistral devait être particulièrement puissant ce mercredi 3 avril 1935 puisque deux hydravions en furent les jouets. Un Cams 53/1 était “amarré sur le chariot se trouvant sur l’appontement du slip lorsqu’une violente rafale de vent le prit sous l’aile gauche et le fit basculer”. Les dégâts ne sont pas négligeables : “Ballonnet droit enfoncé, contre fiches déformées, bordé de coque brisé.” Un peu plus tard, un autre hydro amarré sur un chariot est lui aussi “pris par une rafale de vent sous l’aile gauche” et subit des dégâts. Les deux appareils sont réparés sur place. 

         Mais aussi ! … pourquoi les hydravions présentaient-ils toujours leur aile gauche au Mistral ! 

Trêve de plaisanterie, les agents de l’aéroport comme ceux de la compagnie ont probablement dit tout le bien qu’ils pensaient du Mistral, ce soir là, quand il sont rentrés chez eux ! Il restait aux mécaniciens à remettre en état les deux hydros. 

Charles-Guy de Kerimel

Sources – Archives d’Air France Question : les mécaniciens, agents de pistes et autres – ou leurs descendants – ont-ils gardé le souvenir d’accidents provoqués par le vent ?