Archive de la catégorie ‘Souvenirs’

Les hommes, les avions, la neige et le froid

Lundi 8 mars 2010

La neige est tombée trois fois, cet hiver, en Haute Picardie et il a gelé à plusieurs reprises. Cette région n’a pourtant pas été la plus éprouvée, loin s’en faut, mais il n’en reste pas moins vrai que tout le monde, ici comme ailleurs, a le sentiment d’un hiver particulièrement rigoureux. La télévision nous a montré des avions cloués au sol sur plusieurs aéroports – même à Nice ! – tandis que d’autres devaient être déroutés et que les compagnies ont dû annuler des vols. Et voilà qu’à l’approche du printemps la neige tombe à nouveau dans le midi ! (En Picardie, il fait très beau, ce lundi 8 mars 2010, avec un température modérément froide) Chaque fois qu’il fait très froid, quand la neige tombe en abondance, nous sommes portés à croire qu’il s’agit d’un événement exceptionnel. Il se trouve toujours quelqu’un pour déclarer, péremptoire : « On n’a jamais vu ça !! »

J’ai connu, à Aix-en-Provence, le très grand froid de février 1956. Cette année-là on a pu voir de la glace sur l’étang de Berre, malgré la salinité importante de l’eau, du fait de températures demeurant longtemps négatives. Mon père disait avoir observé le phénomène deux ou trois fois ; il racontait qu’il avait vu quelqu’un aller sur la glace avec sa moto, le long du rivage.

Au cours de l’hiver 1929-1930 le midi fut durement touché et l’étang de Berre ne fut pas épargné. Dans le livre consacré à l’histoire de l’aéroport de Marignane, Michel Olivier s’appuie sur le témoignage de M.Girardot qui était alors commandant de l’aéroport. Il le cite : « Parmi les souvenirs de 1929, un fait exceptionnel doit être enregistré : celui de l’étang de Berre gelé et de la base d’hydravions de Marignane bloquée par les glaces ». Il poursuit, en donnant des précisions impressionnantes  « Au matin, l’étang de Vaïne était gelé sur une largeur de 500 m à partir du rivage et l’épaisseur de la glace atteignait 20 cm. On pouvait rouler en voiture sur la glace. » L’avis qu’il dût lancer aux navigateurs fit selon lui « quelque bruit à Paris : « base de Marignane bloquée par les glaces«  ». Le plan d’eau resta inutilisable pendant quinze jours. « Les anciens de Marignane n’avaient jamais vu pareil événement. » conclut-il.

Dix ans plus tard, il y eut également des hivers très froids. Au mois de décembre 1938, dans l’Est, l’Ouest et une partie du Sud, le froid fut extrêmement rigoureux. On a enregistré -25°C à Lyon le 22 décembre. Selon la Météo, en janvier et février 1940 on enregistra dans l’Est et le Nord des températures inférieures à -15° C. En février 1941, c’est surtout le moitié sud du pays qui fut concernée : on enregistra -12,8° à Marseille. Ce fut encore le cas l’année suivante, avec une température minimale de -7,1°. L’hiver 46-47 fut lui aussi très rigoureux. A la fin du mois de janvier 1947, le froid affecta l’ensemble du pays. A Marignane, on nota une température de -10,5° tandis qu’il y eût près de 40 cm de neige.

Mon père racontait une anecdote à propos d’un de ces grands froids ; était-ce au cours de l’hiver 39-40 ?  ou en 41 ? … je ne sais. La neige était tombée en abondance et les routes étaient bloquées, le vent provoquant la formation de congères. Comme il ne pouvait envisager de ne pas se rendre à son travail, il décida d’y aller à pieds. Marie-Françoise – ma sœur – se souvient mieux que moi de ce qu’il disait : il avait eût du mal à trouver son chemin et à progresser ; sur la route conduisant de Saint-Victoret à Marignane, il avait dû s’accrocher aux grilles des villas et monter, parfois, sur les murets des clôtures pour gagner quelques mètres ! J’imagine que, ce jour là, l’activité de l’aéroport avait été à peu près nulle !

Charles-Guy

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PS. Un grand merci à Charles Debos de m’avoir fourni cette photo de l’aéroport enneigé.

Source : CCI, Michel Olivier, Aéroport Marseille-Provence – 65 ans d’aviation commerciale, Edisud, 1987, pp 81-82

Question : Connaisez-vous d’autres évènements climatiques qui ont perturbé l’activité de l’aéroport de Marignane entre 1920 et 1950   … ou après ?

Mes voisins et l’aviation (suite)

Samedi 3 octobre 2009

Le Chemin des Cibles tient une place de choix dans ma mémoire, et pour cause, puisque je suis né là. Je l’ai parcouru plus ou moins régulièrement pendant plus de 50 ans !  Dans une précédente chronique, c’est en le parcourant que j’ai commencé à égrener mes souvenirs.  Et je m’étais arrêté là, au milieu du chemin, à l’angle de la rue qui permet de rejoindre l’avenue de la gare (aujourd’hui rue du Maréchal Joffre).

Je n’avais pas nommé Mussi, un navigant qui résidait là, dans une petite maison, parce que je ne me souvenais pas de lui, tout simplement. Pourtant, je connaissais son épouse, puisqu’il s’agit de Cécile Jellade. Depuis, j’ai eu le grand plaisir de retrouver Cécile Mussi, chez elle.

maljoffrefc448.jpg L’une des premières maisons, à droite, en montant vers l’avenue de la gare était occupée par les Vennat. Alexis Vennat était mécanicien et il avait était en poste à Damas. Suzanne, leur fille, a l’age de ma sœur. Elle a épousé Roger Pierre et nous les avons retrouvés à Paris, bien des années plus tard. A la fin du mois de juin je suis allé lui rendre visite ; en consultant son album de photos nous avons évoqué « les pionniers » de notre quartier.

Je n’avais pas en mémoire plusieurs des noms qu’elle a cités :  Crampel, Payan, Vautier, Valette, que son père avaient connus en Syrie, mais aussi Bolaert ou Montaubin.

Pendant quelques semaines ou quelques mois je passais régulièrement devant la maison des Vennat pour aller un peu plus loin chez Madame Le Duff. En quelle année était-ce ? 1948 ? peut-être ? Mes parents lui avait demandé de me donner quelques leçons de français. Les Le Duff avait une fille de l’age de ma sœur.

Jean Le Duff, radio-navigant, avait été victime d’un drame de l’aviation le 27 novembre 1940. Ce jour là, le pilote n’était autre qu’Henri Guillaumet et il y avait à bord Jean Chiappe qui venait d’être nommé Haut Commissaire au Levant, ainsi que Reine, Montaubin et Franques. Mais cela je ne l’ai appris que beaucoup plus tard.

Mais continuons notre promenade, nous allons déboucher dans l’avenue de la gare où l’aviation civile était bien représentée. Je songe d’abord à la famille Bordère. Jean Bordère était radio à l’aéroport de Marignane. Je me souviens très bien avoir été invité par Madame Bordère. Quel age pouvais-je bien avoir ? … 7, 8 ou 10 ans, tout au plus. Quel était le motif de cette invitation ?  je l’ai oublié : ce ne devait pas être ma préoccupation d’enfant ! Cependant, je crois avoir éprouvé alors quelque fierté de cette invitation !

Un peu plus bas, une grande maison occupe le terrain situé à l’angle de la rue qui monte vers la colline (aujourd’hui rue Dieudonné Costes). Un radio-navigant habitait là : Henri Gloux. Ses fils ont été un moment les condisciples de mes frères à La Viste, aussi ai-je entendu souvent prononcer ce nom. J’était pourtant trop jeune pour garder des souvenirs personnels de cette famille. Les évènements m’ont amené à évoquer la disparition dans l’Atlantique le 1 aout 1948 du Lionel de Marnier (Laté 631 F.BDRC). Le pilote était Corentin Kersual qui avait un moment habité Marignane et le radio était Henri Gloux.

Tournant le dos à la gare, remontons le boulevard vers le bassin. Laissant à gauche la maison des Bordère, nous passons devant celle de Constant Simonet,  pilote d’hydravion. Plus loin encore habitaient Robert Hautot, radio-navigant,  et Georges Pierre qui a été chef d’escale d’Air France à Marignane.

Il y a quelques semaines, ma sœur et moi évoquions nos souvenirs. Mon aînée de quatre ans et dotée d’une excellente mémoire elle a nommé beaucoup d’autres voisins, navigants ou non. Quelques’uns demeuraient présents à ma mémoire : Félix Coupiat, Georges Deloustal, Robert Douetil, Louis Gauthé, Albert Laget, Edmond Larbonne, Ronan Le Gall, Paul Mazevet, Marceau Méresse, Paul Morvan, Pierre Ordener, André Parayre, Yves Ripault, Henri Tavernier, Pierre Viré.

Charles-Guy

Question : quel(s) pionnier(s) de l’aviation civile convient-il d’ajouter à la liste de « nos voisins » ?

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Mes voisins et l’aviation

Vendredi 24 avril 2009

Le Chemin des Cibles. Combien de fois ne l’ai-je pas parcouru pour me rendre dans le quartier de la gare ! Tout ce que je laissais sur ma gauche appartenait à la commune de Saint-Victoret ; à droite, c’était Marignane.  Car le quartier de Pas-des-Lanciers-gare se trouvait à cheval sur 2 communes ; cela m’a toujours paru bizarre, mais c’est ainsi et ça n’a pas changé, que je sache. 

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L’une des premières maisons, après le grand cèdre (photo ci-dessus), appartenait à Madame Jellade. Son mari était radio-navigant et je savais qu’il avait été victime d’un accident. Quand elle était dans son jardin nous échangions quelques mots. Je connaissais leur fille, bien sûr.    Je n’avais qu’à me retourner pour me trouver face à la maison de Monsieur Bernard, pilote. Je le croisais de temps en temps mais je voyais souvent son épouse, toujours aimable. Et je connaissais bien leurs deux enfants.   Un navigant habitait paraît-il la maison d’à côté ; je ne m’en souvenais pas. J’ai appris depuis qu’il s’agissait de Mussi et qu’il avait épousé mademoiselle Jellade.  Un peu plus loin, côté gauche, il y avait les Sarrazin. Marcel Sarrazin était mécanicien-navigant. Lui aussi a été victime d’un accident, mais celui-là est resté dans toutes les mémoires parce que l’un des passagers s’appelait Marcel Cerdan. J’ai bien connu Madame Sarrazin et leurs deux enfants. De temps à autres, quand je passe à Pas-des-Lanciers, je rends visite à leur fils. Ma mère habitait en face, à la fin de sa vie. Passant d’un côté à l’autre du Chemin des Cibles, elle avait franchi la limite des deux communes. Elle était locataire d’un pionnier de l’Aéronavale (Marine) : Monsieur Reynier. J’en profite pour lui exprimer ma profonde reconnaissance et lui dire mon amitié.  Un peu plus loin, “Ker-Maria”, la maison des Pierre. Ancien pilote de la Marine, Désiré Pierre  travaillait au Véritas. J’ai très bien connu son épouse et ses trois enfants, spécialement Désiré que nous appelions Dédé ; il était à peine plus âgé que moi. Jeannine vit toujours dans la maison construite par son père dans les années 30, l’une des toutes premières maison bâtie sur ce chemin. 


Atterrissage 

  

Plus d’un ½ siècle est passé.  Me voilà à nouveau sur le chemin des Cibles. Des souvenirs remontent à ma mémoire, le cèdre est toujours là et les avions passent toujours au dessus du quartier (vignette ci-contre) , mais ils sont plus gros et plus bruyants que ceux de mon enfance !

Pourtant, je suis certain d’avoir oublié quelques noms et je compte sur mes voisins pour raviver mes souvenirs et pour venir enrichir ce blog.

Charles-Guy de Kerimel

  Question : Quel autre pionnier de l’aviation civile habitait Chemin des Cibles ?